Déc 14, 2010

Un arrière goût de banane

Je ne sais pas si vous avez déjà eue à faire à ce genre de situation. Je me suis souvenu que je ne vous l’avais jamais raconté cette petite histoire que j’ai eu à subir.

Alors, j’avais fini de passer mon bac français et je quittais le joli internat doré dans lequel mes parents m’avaient envoyé.


Les résultats tombent. Très bonnes notes.

Mon été pouvait véritablement commencé.

 

Toute l’année, j’ai mangé à une table au réfectoire et surtout à une même place qui n’a presque pas changé en deux ans finalement.

J’étais toujours en face d’un jeune homme. Il s’appelait Monsieur Tomate. Je l’aimais bien, on pouvait parler très longtemps. Des fois, c’était les femmes de ménage qui nous chassaient du réfectoire. Il avait un très joli sourire et des yeux bleus. Je n’y suis pas spécialement sensible mais quand tu es face à cela pendant un an, tous les midis et tous les soirs, tu finis par y prêter attention. Je sentais au milieu d’année que je l’intéressais mais bon, je ne voulais pas donner de l’importance à cela.


Un jour à la mi-juillet, je sortais de chez le coiffeur quand je reçu un message de lui. Il me demandait comment j’allais depuis le temps et si je voulais que l’on se voit. Lorsque on sort de chez le coiffeur, on a un peu envie de se montrer, de faire la belle. Et puis j’étais en plein été avec mes jolis vêtements légers. Bref, j’ai accepté et l’ai rejoins au Métro Sentier. Il m’attendait avec un petit polo Ralph Lauren bleu marine et un bermuda Kaki Clair. Il était vraiment mignon mais je trouvais ça étrangement décalé de le voir hors de l’internat.

 

Il me propose d’aller boire un verre chez lui. 

Je rentre dans l’appartement qui ne payait pas de mine de l’extérieur avec cette petite porte bleu ciel. J’apprends dans la foulée que Papa est architecte et Maman est Architecte d’Intérieur. Je vous laisse imaginer l’appartement.

Du côté de chez vous avec Leroy Merlin.

Donc passons sur les escaliers en verre qui ne semble tenir par la magie de Poudlard, les murs qui coulissent pour découvrir des nouvelles pièces, les pièces à thèmes, les plafonds à fenêtre et miroirs…

On boit au bar de sa cuisine en discutant :

« Cerise… Tu sais que t’es impressionnante ? »

« Pourquoi tu dis ça ? »

« Mais c’est vrai ! Tu regardes dans les yeux, tu as des idées très arrêtées… Je ne sais pas. C’est un tout. »

 

Ou encore :

« Tu sais que je sais très bien faire la cuisine ? On pourrait dîner un jour ensemble. »

« Ah oui ? Tu sais faire quoi ? »

« Heu… Des pâtes, des desserts, des œufs. Je fais très bien les œufs ! »

« Ah oui ?! Genre tu sais faire les œufs florentines ? »

« …Oui. »

« Oh. J’ai jamais su ce que c’était tu m’expliques ? »

 

Suspens.

 

« Heu… En fait, j’ai dit ça comme ça… Pour t’impressionné. »

« Ah… Je vois… »

 

Je rigole.

Bien évidemment, arrive un moment où j’ai envie d’aller faire pipi. Si ce n’était pas urgent, je n’aurais pas demandé. Mais là, c’était urgent. Il m’indique. Je rentre dans les toilettes et cherche le loquet pour verrouiller. Il n’y en a pas.

« Heu… Mr. Tomate. Il n’y a pas de loquet ? »

« Non. Chez nous, on pense que c’est plus simple, genre on se cache rien tout ça… »

 

OK. OK. Vive les hippies.

J’ai quand même fait pipi avec la main sur la poignée d’ici là qu’il rentre en mode « partageons tout Cerise ».

 

Donc je sors, je me lave les mains et puis je sens qu’il veut me demander un truc mais qu’il ne sait pas comment faire. Donc je prends le parti de ne pas faire ma folle avec des blagues qui pourraient le gêner tout ca. Je souris tout simplement.

« Viens je voudrais te montrer ma collection de BD. »

Ouais si tu veux. Prétexte bien bateau pour que je monte dans ta chambre mais bon.

« Allons-y. »

On monte les escaliers en verre. Je n’ai pas confiance du tout. Ca fait du bruit et surtout, il n’y a pas de rampe. Si je tombe je meurs.

« Tu es déjà tombé ? »

« Une fois, rien de grave. Je me suis juste ouvert le menton. »

« Ah ouais… Juste. »

 

On est dans sa chambre. C’est grand et visiblement sur le thème de la Mer. Son lit est en forme de voilier et je trouve ça joli comme tout. Un homme dans un lit à baldaquin en voilier… Fallait le faire.

Tout son mur de gauche est recouvert de BD. On ne voit plus la peinture et je crois que c’est fait exprès. C’est comme si le mur de gauche ne tenait qu’avec des livres.

Tintin, Black et Mortimer, Lucky Luke, Boule et Bill et pleins d’autres que je ne connais pas…

Il s’assoit sur son lit et me fixe.

Je le sens que là, nous rentrons dans une espèce de « moment love« … Merde.

Alors je parle. Encore, encore et encore. Je pose des questions. Au début, il y répond puis ensuite de moins en moins. Il veut instaurer un silence. C’est sans compter sur moi.

 

Avez vous déjà vécu cela?

 

Il se lève et se rapproche de moi. Je fuis sous prétexte de voir un livre intéressant de l’autre côté de la pièce. Il se rapproche lentement. Et je m’assois sur le lit. Merde.

Il s’assoit à côté de moi. Il me regarde dans les yeux. Je déteste ça.

« Pourquoi tu me regardes comme ça ? »

« Il n’y a personne d’autres dans la pièce. Qui d’autre veux-tu que je regarde ? »

Un silence passe.

« Cerise… Est-ce que je peux t’embrasser s’il te plait ? »

Il me demande la permission, je n’y crois pas…

« Euh… Oui. »

 

Il m’embrasse. Tout doucement. Tout timidement. Comme un « gentil ».

C’était mignon. Mais c’est après que ça se gâte.

 

Il se détache de moi lentement et après un court silence me dit :

« C’est dingue… Je ne suis jamais sorti avec une noire. »

 

Euh… Depuis quand on sort ensemble ? Et ravie d’avoir assouvi un fantasme chez lui…

 

« Ah… Et la différence est flagrante ? »

« Oui ! Vous les noires, vous êtes chaudes, exotiques, brûlante… C’est grave sexy. »

 

Ah. Encore un peu plus de clichés s’il te plait !

 

« Tu as vu tout ça dans notre baiser ? »

« Euh…Ouais ! »

 

Bon. Je commence à regarder ma montre. J’ai vraiment envie de partir de là. Il me pousse alors sur le lit. Il m’embrasse encore et encore. Je subis plus que je ne profite. Je ne vais pas mentir, ce n’était pas désagréable mais je n’en avais pas envie.

Au bout de dix minutes, il se lève. Surexcité. Il fait les cent pas dans sa chambre (il y a vraiment l’espace pour faire cent vrais pas)

« Olallalalaala ! Quand je vais dire ça à mon frère ! »

 

On se calme.

« Il m’avait dit que c’était terrible de sortir avec une noire mais là c’est carrément ouf ! »

D’accord. Je vais y aller. « Une noire » Non mais où va-t-on là ?

« Tomate, je te laisse débitée tes conneries et je vais y aller. Ok ?»

« Non. Ne le prend pas mal s’il te plait ! Juste que c’est la première fois et voilà ça me plait ! »

Je suis debout face à lui, le visage impassible. Il me regarde et ses yeux descendent sur ma bouche. Un sourire étire ses lèvres et je sens que ses pensées repartent…

« … Quand mes potes vont le savoir… »

 

Il est complètement timbré. Et je trouve que ces mots ont des relents de racisme…

« Tu ne veux pas non plus que j’accroche un collier de banane autour de la taille quand tu me présentera à eux ?! »

Je le pousse et sors de sa chambre. Choqué, il reste quelques secondes sur place avant de me suivre dans les escaliers :

 

« Cerise pourquoi tu réagis comme ça ! Je ne te comprends pas… ! »

« Tu ne comprends pas ? Pour toi, je devrais me sentir honoré qu’un « blanc » me présente à ses amis comme étant sa copine? Soit dit en passant, embrasser une personne ne signifie pas avoir une relation avec elle! »

 

Je prends ma veste et me dirige vers sa porte.

Je ne veux même pas entendre ce qu’il a à me dire, je dévale les escaliers.

Arrivée dans le Sentier, je marche dans la ruelle des grossistes et essaye de me remettre de tout ce que je venais d’entendre.

J’essaye de me dire que c’est un cas isolé mais maintenant, sans le vouloir, je suis beaucoup plus méfiante.

www.monbeaucerisier.com

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1 petit mot

  • Répondre Poire | Fév 14, 2015 à 13 h 17 min

    C’est très loin d’être un cas isolé hélas. Beaucoup de blancs et surtout dans les milieux aisés ne fréquentent des Noires que pour le »délire »,par curiosité, pour le piment de l’exotisme totalement fantasmé ou par pur boboïsme, parce que ça fait tellement plus bobo et cool de dire que sa copine est chinoise ou éthiopienne plutôt qu’une banale bretonne, et non parce qu’ils s’intéressent réellement à la fille en tant qu’être humain. Ils la ciblent d’abord parce qu’elle est exotique. Jusqu’à ce qu’ils s’en lassent… Effectivement il faut se méfier,surtout de ceux qui comme par hasard ont toutes leurs ex qui sont des étrangères. C’est tout de suite suspect.
    Je ne compte même plus le nombre d’anecdotes de ce genre et c’est très agaçant. Malheureusement quand on vit à l’étranger et qu’on est en minorité raciale, on est souvent confrontée à ce type de désagréments et de clichés navrants.