Oct 17, 2011

“Aimer c’est donner…” Partie 3 (Fin)

« Je vais au Café Beaubourg là… Sois là dans une heure. Et oublie la robe de ta copine ok ? Un truc inédit ! Et ramène les cartes.»

« Je viens comment ? »

« Appel la réception, commande un taxi et je paierais à l’arrivée. »

Fin de la communication. Il avait l’art de la formule. C’est le moins que l’on puisse dire.

Suite de l’article du 2 Octobre

 

J’ouvris le placard pour voir les robes que j’avais en stock pour le rejoindre. Quelques cintres suspendus me présentaient des robes que je n’avais pas envie de porter ou que j’avais déjà porté. Il voulait de l’original.

 

C’était l’époque où le beige était le nouveau blanc donc j’optais pour un pantalon beige très taille basse en maille rigide qu’il m’avait offert chez Bershka. Le bas du pantalon étant assez large, j’optais pour des richelieus Manolo Blahnik à talon brun et rouge. Il faisait froid dehors et je ne trouvai quoi porter comme haut. Je me retournais vers mon sac de voyage que je n’avais pas encore ouvert.

 

J’y trouvais un pull col V marron sombre dont les manches bouffaient un peu. Fin liseré rouge en bas du pull et autour du col. Parfait.

Un sautoir or et rouge dessus et mes créoles dorés. Parfait.

 

Une heure après le coup de téléphone j’étais dans le taxi.

 

 

« Café Beaubourg, s’il vous plait. »

Je téléphonais à Goyave pour lui dire que je serais là dans 15 minutes.

 

« Je t’attends devant »

 

Le taxi se garait derrière la bibliothèque Pompidou et Goyave vint pour régler la note.

Je sortis du taxi et l’embrassa, tandis que le taxi s’éloignait :

 

« Tu m’a manqué » me dit-il.

 

Je passais mes doigts sur ses joues en souriant. Il m’attrapa brusquement la main.

 

« C’est quoi ça Cerise ? »

 

Il me montrait mes ongles. Le vernis était écaillé sur certain d’eux.

 

« J’ai oublié de m’en remettre ! »

 

Il soupira et fit volte-face en marchant vers le café. La soirée commençait bien.

 

Le café Beaubourg pour ceux qui ne connaissent pas c’est une brasserie qui se veut huppée à gauche du Centre Pompidou.

Il y a la terrasse (toujours bondée) et l’intérieur de la brasserie n’est pas visible de l’extérieure.

Vitre teintées et lourd rideau en velours rouge devant la porte. Je n’ai pas fait attention s’il y avait un portier.

On parvient dans une énorme pièce. Sur deux étages.

Un grand bar et du marbre brillant au sol. Un serveur vient à notre rencontre, tape dans la main de Goyave qui lui fait comprendre qu’il voudrait une table à part pour six personnes.

 

J’apprenais donc qu’on serait six.

Il nous guida sur une table à droite. Avant de s’éloigner, il me fit un clin d’œil :

« Superbes Blahnik ! »

 

Je souris avant de m’asseoir. Quelques minutes plus tard, Mr Betterave et trois autres amis à Mr Goyave que je ne connaissais pas nous rejoignirent.

Les humiliations qu’il m’avait fait subir depuis le début du weekend me revinrent à l’esprit. J’avais envie de lui faire payer tout cela. Et dans mon imagination, c’était le meilleur moment.

Je me croyais maline ? Il était pire. Mr Goyave est manipulateur. Croyez-moi, c’est pire.

Quand je vous disais que j’étais un remède à son ennui, c’était plus que vrai. Lorsque je voulais l’énerver, au contraire, je l’amusais.

 

Donc ce soir-là, comme certains soirs, c’était lui qui payait la note pour tout le monde.

Il devra payer cher. A l’apéro, je commandais un kir royal, j’en bus deux gorgées, puis commanda une tequila sunrise, puis un Soho que je ne finis pas non plus. Et enfin, je finis par lui demander un daiquiri, mon choix habituel.

Il me regardait, acquiesçait au serveur sans me montrer aucune de ses émotions ou de ce qu’il pouvait en penser.

 

Je voulais le pousser à bout.

 

« Je prendrais l’avocat crevette et citron vert en entrée. »

 

Dix minutes plus tard.

 

« C’est pas très bon en fait. Je vais prendre plutôt votre cabillaud vapeur et les légumes grillés. Oui reprenez mon assiette de crevettes. »

 

Dix autres minutes plus tard.

 

« Oh c’est fade… Bébé c’est fade… Je vais prendre le riz vénéré et  les crevettes coriandre gingembre mais je le voudrais sans le gingembre. C’est possible ? Il y aura un supplément ? Ce n’est pas grave ! »

 

Il paierait tout ce que je consommais. Même ce que je ne consommais pas. Rien ne pouvait m’arrêter. Le fait qu’il ne dise rien et n’apporte aucune objection ne m’inquiétait pas plus que cela.

 

L’ambiance à table était bonne si on oubliait mes changements de plats tous les quarts d’heure.

Après deux autres plats, nous passâmes aux desserts. Je n’avais plus faim du tout parce que j’avais grignoté cinq plats différents. Mais je poursuivais le vice.

 

Moelleux au chocolat

Crumble pomme

Mousse au deux chocolats

 

Lorsque j’allais commander une salade de fruit, il me tira l’épaule brusquement !

Il tira mon pull, sans aucune gêne et sans se souci de la présence de ses amis, il mit la main violemment dans mon soutient gorge et attrapa mon sein en le serrant très fort.

Plus que la douleur, ce fut l’humiliation publique que ce geste représenta qui me cloua sur place.

Il me fixait dans les yeux sans rien dire. Je me débattis pour retirer sa main.

 

Mr Betterave, en face de moi, qui n’avait rien rater de la scène éclata de rire. J’avais envie de pleurer.

Tout ce que j’avais fait me faisait me sentir encore plus sale.

 

Je me levais pour aller jusqu’au toilettes au sous-sol. En m’éloignant de la table, Mr Betterave me lança :

 

 

« Je te commande des profiteroles ? »

Ils éclatèrent tous de rire. Y compris Goyave.

 

Je poursuivais ma route, jusque aux toilettes en priant pour ne pas glisser sur le marbre brillant. Dans les toilettes, je me regardais dans le miroir et je me sentais seule. Vraiment toute seule.

 

Je passais mes mains sur mon décolleté et eut un hoquet de dégout par rapport à ce qui venait de se passer. Je faisais les cent pas devant le grand miroir des toilettes pour ne pas éclater en larmes. Le martèlement régulier de mes talons me calma peu à peu.

 

Lorsque j’eus le courage d’y retourner, je montais les escaliers et mon portable vibra.

 

Un texto de Goyave.

« On est quitte. »

 

Je me stoppais dans mon élan. C’était pire qu’une gifle.

J’enfouis mon visage dans mes mains pour reprendre ma contenance.

Je remontais les marches et avança vers la table. Je m’assis et ne toucha plus à rien.

 

« Tu prends plus rien Cerise ? » insista Mr Betterave.

 

Sans que je puisse retenir quoi que ce soit, je le fixais dans les yeux et lui dit avec toute la colère que je ressentais au fond de moi :

 

« Ta gueule Betterave ! Ferme ta putain de grosse gueule ! »

 

Il me regarde. Jette un coup d’œil à Mr Goyave et ne m’adressa plus la parole de la soirée.

Ils parlèrent encore une trentaine de minutes avant de se décider à partir. On prenait notre taxi sur le Boulevard Sébastopol. Je n’ai dit au revoir à aucun d’eux. Quand le taxi commandé est arrivé, je suis rentré dedans. Mr Goyave me suivit et claqua la porte.

Il dit l’adresse de l’hôtel et lorsque la voiture démarra, il se tourna vers moi.

 

« Cerise. »

 

« Fous-moi la paix Goyave ! »

 

« Cerise…. »

 

« Non pas Cerise. Je suis à deux doigts de mettre fin à notre histoire ! Alors s’il te plait Goyave ferme là ! »

 

« Tu te calmes ! »

 

« Je ne t’appartiens pas Goyave ! Je ne suis pas ta chose ! »

 

Silence.

 

« On en reparle à l’hôtel. »

 

Le reste du trajet se fit dans un silence de mort.

 

Réception. Ascenseur. Couloir. Porte.

 

Nous étions à l’intérieur.

 

« Alors tu veux rompre avec moi c’est ça ? »

 

« Pour toi, ton comportement de ce week-end était normal ? »

 

« Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? »

 

« C’est à toi que je devrais la poser cette question ! Je ne suis pas à vendre Goyave ! Tu achètes mon affection ! Je ne supporte plus ça ! Et parce que tu me payes des choses je devrais tout accepter ? J’en ai marre ! »

 

Il vient vers moi, arrache mon sac et le secoue sur le sol.

 

« Tu en a marre ? C’est quand ça t’arranges ! Tu m’as fait payer près de 250€ pour toi toute seule au restaurant ce soir ! Tu ne veux pas de mes cadeaux ? Alors rends les moi ! Il est où ton Prada ? »

 

Il secouait mon sac sans que je ne puisse rien faire. Toutes mes affaires s’éparpillaient sur le sol.

 

« Qu’est-ce que tu fais ? »

 

« Rends-moi ton Prada ! Tu n’en veux pas ? Très bien, je le reprends ! »

 

Je lui tirai des mains mon sac à main et remis mes affaires à l’intérieur. Je cherchais en même temps le portable mais il était introuvable.

 

Je sentais son regard sur moi. Il me stressait.

 

« Cerise, il est ou ce putain de téléphone ?! » Il hurlait.

 

« Je le cherche ! Arrête de crier ! »

 

Je me levais du sol, cherchais dans mes poches de manteau, de pantalon. Rien.

 

« Je… Il a dû rester dans le taxi. » Bafouillais-je.

 

Il fonça sur moi et m’attrapa par le pull. Il me tira très près de son visage malgré mes tentatives pour m’écarter.

 

« Tu vas me retrouver ce portable Cerise. Sinon, je peux te jurer que tu tires un trait sur nous. »

 

Je le regardais droit dans les yeux en enfonçant mes ongles dans son poignet pour qu’il me lâche.

 

« Alors considère que c’est terminé entre nous ! »

 

J’avais dit ça avec le plus de colère larvée que j’avais au fond de moi. J’aurais voulu lui vomir au visage tout mon ressentiment mais il n’y avait que cette phrase qui sortit.

 

Il laissa le col de mon pull et recula. La pupille de ses yeux était dilatée et il était hors de lui. Il saisit un verre sur la table à côté de moi et l’explosa contre le mur au-dessus du canapé derrière lui.

 

Il prit sa veste sur la chaise, ouvrit la porte et de dos, il me dit avec une froideur qui détonnait avec son comportement :

 

« Demain matin, tu n’es plus dans cette chambre. Tu laisses les clés à la réception et tu te demerdes pour rentrer à l’Internat. Ce n’est plus mon problème. »

 

« Je n’ai pas besoin de toi Goyave ! »

 

Il claqua la porte sans se retourner. Je me retrouvais seule dans le silence de cette immense chambre d’hôtel. Mon regard croisait le reflet du miroir à côté de la porte d’entrée. J’arrangeais le col du pull qu’il avait tiré violement et fondis en larmes.

 

Ce fut notre première rupture. La première d’une longue série.

 

 

 

Prochain article dans 3 jours. Un truc génial à vous raconter.

Bisous,

 

Cerise

 

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3 petits mots

  • Répondre Tacha | Fév 21, 2015 à 23 h 23 min

    C vrai que ces histoires remontent à il y a très longtemps mais purée qd je les lis j’ai une de ces haines envers ce goujat!!! J’ai l’impression de vivre tt ca! Ca pourrait être très bien pr un film. En fait je remaque que tu étais le joujou de luxe de Mr Goyave! Il a été vraiment lamentable… mais bon c’est passé tt ca…

  • Répondre Stella | Oct 19, 2011 à 22 h 27 min

    Je te lis depuis cet été et je suis ARCHI FAN ! <3 tu as traversé bcp de choses difficiles, yu as fait de nombreux mauvais choix (avouons le ^^) mais tu as ce don inné de savoir raconter les histoires avec les mots justes et tu nous fait ressentir parfaitement les émotions . Merci pour tout ça! Keep doin' your thing et si tu écris un livre fais moi savoir que je l'achète 😉

    • Répondre Mlle Cerise | Oct 23, 2011 à 13 h 13 min

      Je suis contente d’avoir une nouvelle lectrice! Tes compliments me font vraiment très plaisir !
      Certes j’ai fais des nombreux mauvais choix mais c’est pour votre plus grand bonheur. Comme ça vous pouvez les lire tranquillement à la maison lol
      Merci encore pour tes compliments qui me touchent.
      Le livre…? Maybe un jour lol !
      Bisous,
      Cerise