Avr 25, 2012

Projection bancale

Imaginons…

Je m’assois sur le banc face au bac à sable. Je passe en revue dans ma tête la liste des courses qu’il faudra que j’achète en sortant du parc.

Je regarde mon fils s’asseoir lourdement sur le sable. Il tourne ses yeux bleus vers moi et me sourit en me montrant son seau vide. Je lui mime de le remplir avec sa pelle.

Il s’applique, consciencieusement. Ses petites bouclettes brunes auréolent son visage mate. Je sors mon carnet pour écrire mes pensées pour le nouvel article de ce site débuté adolescente et qui reste mon refuge.

Les minutes passent, lentement. Je lève la tête à intervalle régulier pour m’assurer que mon petit Fruit Rouge va bien.

Le brouhaha de ce parc parisien m’enveloppe et je ne pense plus à rien, si ce n’est à ce que j’écris.

« Cerise ?»

Je lève la tête, surprise d’entendre mon nom en pleine après-midi dans ce parc. Un couple me regarde. Je reconnais immédiatement l’homme. Ananas.  Je ne l’ai pas revu depuis un peu moins d’une dizaine d’années maintenant. Une grande femme noire aux cheveux tressés lui tient la main.

Il me sourit franchement et je lui rends son sourire. Je suis étonnée et ne sait pas quoi ajouté d’autre que :

« Wouah ! Ca fait longtemps ! Wouah ! Tu vas bien ? »

« Bah écoute oui ! Je te présente Cannelle, ma femme. »

« Ahh ! Enchantée ! »

Il se retourne vers elle en expliquant : « C’est Cerise, une…ancienne amie. »

Une ancienne amie…

« Enchantée aussi ! » dit-elle d’une voix calme, visiblement très sûre d’elle.

Il a vieillit mais son regard est resté le même. Son visage s’est arrondit et il a les cheveux un peu plus long. Mais c’est bien Mr Ananas.

« Et toi donc ! Tu vas bien ? Ça fait longtemps maintenant ! Presque dix ans ! »

Il est toujours debout, face à moi, avec Mlle Cannelle. Je suis toujours assise sur le banc. Je jette un regard rapide au bac à sable. Mon fruit rouge est toujours occupé avec sa pelle et son râteau.

Je pense à ce qui a changé, à ce que je suis devenu.

Je suis rédactrice dans un journal féminin web, mariée depuis quatre ans, un fils en bas-age. Je porte plus des ballerines que d’escarpins ; plus de robes que de jupes courtes. Je connais toutes les chansons des dessins-animés et je prépare le jambon-coquillettes et les madeleines au chocolat comme personne. J’ai toujours les cheveux longs et choisit ma déco intérieure dans LeFigaro/Madame. Je n’hésite plus entre une Tequila Sunrise et un verre de Chardonnay. J’ai acheté la veille ma première crème antirides.

Qu’est ce que je deviens ? C’est trop long pour ne pas sortir nécessairement une banalité.

« Oui, je vais très bien ! »

Je me lève enfin pour être à leur hauteur. Il me sourit de nouveau.

«Tant mieux alors… Tant mieux. »

Mon fruit rouge trottine vers moi. Sans doute pour prendre son goûter.

« Va récupérer ton seau d’abord avec la pelle et le râteau. »

Je relève la tête vers le couple qui me fait face et sourit de nouveau.

« C’est ton fils ? Il est adorable. »

Une banalité de plus mais qui fait du bien.

« Merci ! »

« Bon bah, on va y allez ! Ça ma fait plaisir de te voir en tout cas ! Bonne après-midi et à bientôt sans doute ! »

« Oui, c’est ça à bientôt ! »

Je fais un bref signe de la main et me rassois sur le banc tandis qu’ils s’éloignent de moi.

J’ai cette sensation étrange au fond de moi. Comme de se rendre compte que quelque chose avait toujours eu l’air important mais que ce n’est plus le cas. Tout le monde se relève d’une rupture. Même ceux qui jurent de ne jamais pouvoir la traverser.

Je revois Mr Ananas, lors de ma rupture avec lui, me jurer que jamais il ne s’en remettrait. Le voilà aujourd’hui. Me voilà aujourd’hui.

Comme quoi, rien n’est grave. Mais tout est important.

Je souris à mon fils qui revient vers moi. Parce que pour l’instant, ça c’est important.

Comme une envie de rêver et de me projeter un instant. Ça ne vous est jamais arrivé ?

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5 petits mots

  • Répondre Francine Beaupère | Sep 2, 2014 à 12 h 05 min

    « Comme une envie de rêver et de me projeter UN INSTANT. Ça ne vous est jamais arrivé ? »

    L’ennui, c’est que c’est tout le temps, et le présent défile sans que y participer.

    • Répondre Francine Beaupère | Sep 2, 2014 à 12 h 06 min

      Pour moi, j’entends ! 😉

    • Répondre Mlle Cerise | Sep 11, 2014 à 16 h 20 min

      Ca passe ma belle… Je t’assure que ça passe. Le présent devient savoureux et on espère que le futur en sera de même ! 🙂 Bisous, Cerise

  • Répondre tulipe | Avr 26, 2012 à 19 h 34 min

    j’aime ta façon de te dire que tout finira bien par bien aller , avec le temps malgré tout et contre tout! à bientot cerise

    p.s: j’aime toujours autant lire tes articles. courage !

    • Répondre Mlle Cerise | Avr 27, 2012 à 15 h 20 min

      Merci beaucoup Tulipe !
      Je suis contente que tu sois toujours lectrice de mon blog !
      Bisous,
      Cerise