Jan 18, 2013

Dans ces rues obscures…

Ce n’est pas vraiment ce qui m’est arrivé qui est horrible, mais ce qui aurait pu arriver.

J’en ai encore la chair de poule en l’écrivant.

 

Mercredi soir, comme tous les mercredis, je vois Mademoiselle Osaki. Ce soir-là, nous avions décidés de faire les Soldes à Havre Caumartin. Je me suis fait plaisir comme il se doit et nous avons enchaîné les séances de fous-rires au restaurant qui a suivi.

 

Mr Muscade était resté chez moi pour que nous passions la nuit ensemble. Ainsi, à 21h, Osaki et moi nous sommes séparées.

 

J’avais un RER à 21h18. Je courais donc dans les couloirs du métro pour ne pas le rater. Ce fut quand même le cas et je patientais, mon téléphone à la main, pour prendre le suivant.

En montant dans le RER à Gare de Lyon, je m’assois dans un compartiment ou les 5 autres sièges étaient vides.

 

Un homme blanc, d’une cinquantaine d’année, adipeux et l’air vaguement louche s’assoit devant moi. Alors qu’il y a 5 autres places de libres.

Je me décale loin de lui et termine le texto que j’écrivais à Muscade pour le tenir au courant de mon trajet. La batterie affichait 5% d’autonomie. Je soupirais d’agacement.

Sans lever les yeux de mon téléphone, je vois l’homme me faire signe qu’il s’excuse de m’avoir poussé en s’asseyant. Je ne réagis pas. Il insiste :

« Excusez-moi… Vraiment. »

Il avait un sourire étrange et le regard qu’il posait sur moi m’a dégoûté immédiatement.

 

Pour me changer les idées, je sortis de mon sac, le livre que je lis en ce moment : Kaamelott. Je suis vraiment fan de cette série (chacun ses vices).

 

Le RER suit son parcours. A 5 minutes de ma station, j’entends une voix :

« Excusez-moi, Mademoiselle… ? »

Je lève lentement les yeux de ma page. C’est toujours l’homme en face de moi. Ces yeux oscillaient de ma poitrine à ma page. Mon regard l’interroge en lui montrant bien qu’il me dérange.

« C’est le livre de la série ? J’aimais beaucoup quand elle passait sur M6… Ah oui c’était drôle… »

Je ne le regarde déjà plus. Il ne se décourage pas. Toujours dans un sourire grégaire il ajoute :

« Et c’est aussi drôle que la série… ? »

Je le regarde fixement. Je soupire en disant « Oui ! ».

 

Mais c’est toujours trop subtil pour lui apparemment.

Son regard répugnant glisse sur moi :

« Je pourrais vous l’emprunter un jour ?… Vous pourriez me le prêter ? »

Je range mes affaires dans mon sac à main.

Mon arrêt est la station suivante. Je lui dis, distinctement et à haute voix :

« Ca ne m’intéresse pas ! »

 

Je me lève et m’approche  de la porte de sortie.

Je consulte mon téléphone : 2% de batterie.

J’envoie en vitesse un texto à Mr Muscade pour le prévenir qu’un homme lourd me tient la jambe dans le RER.

Je consulte l’horaire des bus pour m’éviter de marcher, le prochain passe dans 12 minutes.

 

Le train arrive en gare. Quelques secondes avant d’ouvrir la porte, j’entends derrière moi la même voix pâteuse :

« Mademoiselle, vous pourriez venir chez moi, voir tous les livres que j’ai dans ma bibliothèque… »

Dégoûtée et vaguement inquiète, je lui assène de nouveau :

«Je vous ai dit que je ne suis pas intéressée ! »

Je sors du wagon et marche dans les couloirs pour sortir de la gare. J’entends toujours ses pas derrière moi. J’accélère malgré mes talons et mon cœur qui bat la chamade.

 

Je prends mon téléphone, 1% de batterie, et compose le numéro de Mr Muscade.

« Chéri, le mec du RER, il me suit… Il est derrière moi… Je l’entends. »

« Quoi ?! Calme-toi… Il est vraiment derrière toi ? »

« Je l’entends, je te dis ! »

Mon portable se coupe. Je regarde l’écran noir. Plus de batterie.

 

Quelques mètres derrière moi, la voix de l’homme s’adresse à moi :

« Mademoiselle… Mais je vous assure, venez chez moi ! J’ai plein de livre à vous montrer ! »

Mon cœur bat la chamade.

 

Il m’a l’air dangereux.

Je repense à ses regards sur moi. J’ai envie de pleurer.

Il fait nuit, il n’y a personne dans la rue. Il est 22 heures. Mon bus ne passe que dans une dizaine de minutes. Si je m’arrête à l’arrêt, il m’y rejoindra et qui sait ce qu’il me fera…  J’habite à 10 minutes à pieds de la gare, je décide d’y aller à pied.

 

J’entends toujours ses pas derrière moi. Je marche aussi vite que je peux, à m’en détruire les chevilles. Les sacs de fringues déséquilibres ma conduite mais je continue à avancer.

Je me force à ne pas me retourner, de peur qu’il prenne cela pour une invitation.

Mes talons résonnent dans le calme de la nuit. Je ne peux forcer mes jambes à aller plus vite.

« Vous êtes vraiment bonne vous savez… » Un rire gras ponctue sa phrase. Je me souviens de ses cheveux sales et de son regard porcin.

J’essaye de contenir ma panique. Ma résidence semble si loin.

 

J’avance, je ne pense plus à rien. S’il court, m’attrape par le bras et décide de m’agresser, personne n’en saura rien. Je déteste les banlieues calmes pour ça. Elles sont trop calmes. Il n’y a pas un rat dehors. Rien.

Je marche. J’avance. Sans plus réfléchir. Mes sachets et mon sac à la main.

Au bout d’un moment, je ne l’entends plus. Au lieu de me rassurer, cela me fait encore plus paniquer. Je ne regarde pas derrière moi.

 

Je vois ma résidence, avance à un pas de course mesuré, jusqu’au portail.

En poussant la porte, je le vois à quelques mètres de moi, un sourire sur les lèvres.

« Cerise ! »

Muscade. Il m’attendait dehors dans la cour de la résidence. Je coure sans plus me soucier de mes talons et me jette dans ses bras. Je me retourne un instant et vois l’homme faire demi-tour rapidement.

« C’était lui ? » murmure Muscade.

J’éclate en larmes. De peur, de soulagement, d’énervement.

Je pleure.

 

On monte tous les deux dans mon appartement. Sur le canapé, dans ses bras, je suis incapable de parler. J’ai toujours peur.

Je suis choquée. La palette de possibilité et de « Et si… » s’ouvre devant moi.

 

Voilà… C’était il y a deux jours de cela. Plus de peur que de mal.

Mais d’en parler, me donne toujours des frissons. Mlle Mandarine me dit que maintenant il sait où j’habite et peut revenir.

 

Vous êtes d’accord ?

Cela vous est-il déjà arrivé ?

 

 

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15 petits mots

  • Répondre Acerola | Fév 3, 2013 à 22 h 21 min

    Quelle aventure !! Perso je pense qu’il ne reviendra pas parce que vu que Muscade etait en bas a t’attendre, il peut se dire que c’est chez lui (esperons que ce soit ce qu’il pense). De toute facon fais tres attention a toi, sois toujours vigilente. Bisous

    • Répondre Mlle Cerise | Fév 8, 2013 à 11 h 09 min

      Je n’avais pas DU TOUT pensé à ca!
      Du coup, ça me rassure d’un coup ! Je suis vigilante maintenant. Après 21h j’évite de rentrer chez moi, je reste sur Paris chez Muscade…
      Merci pour ton commentaire en tout cas !
      Bisous,
      Cerise

  • Répondre Constance | Jan 24, 2013 à 17 h 42 min

    Tu as eu beaucoup de chance et surtout, Mr Muscade a bien fait de t’attendre devant la résidence! Je te souhaite de ne plus jamais vivre une telle situation.
    Il y a quelques années, alors que je me rendais au lycée, un homme m’aborda dans la rue en me demandant l’heure (j’ai vu plus tard qu’il avait une montre) puis il me posa plusieurs questions. Heureusement, j’ai vu qu’il y avait devant moi quelques amis qui se dirigeaient aussi vers le lycée. Je les ai rejoint et ils m’ont directement dit que cet homme avait l’air louche mais surtout qu’il nous suivait!!! Le pire, c’est qu’à la sortie du lycée, il était là! Il attendait en face… J’ai réussi à m’eclipser en prenant un bus sans qu’il me voit. Je l’ai ensuite revu une fois ou deux dans la rue qui mène au lycée mais je ne pense pas qu’il m’a reconnue ou même vue…

  • Répondre Manue | Jan 24, 2013 à 4 h 08 min

    Ohlala je comprends que tu aies eu cette peur là, ça m’est arrivée aussi mais dans le métro, je me suis arrêtée une station avant mais elle était déserte et il en a profité pour me suivre, j’ai marché très vite et finalement il y avait des gens dans les escaliers (malgré l’heure tardive)qui se rendaient à un changement,j’ai fait comme si je les connaissais! En tout cas tu as eu du courage de ne pas te retourner c’est clair, à ta place j’aurai enlever mes talons et j’aurai courru aussi vite que je pouvais en pleurant tellement j’ai peur de ces choses là! Sinon une amie a essayé un truc qui fonctionne: faut faire la déséquilibrée ! Genre elle fait semblant d’avoir des spasmes ou alors elle parle toute seule très fort et finalement le mec prend peur (enfin je suis assez sceptique mais elle m’a dit que ça avait déjà fonctionné) !

    • Répondre Mlle Cerise | Jan 24, 2013 à 10 h 59 min

      Manue,

      J’imagine combien tu as du avoir peur comme moi dans cette situation! Et j’aurais jamais pensé à faire comme si je connaissais les personnes dans les couloirs du métro ! Tu as bien fait !
      AHAH ! La technique de ta copine m’a fait rire ! J’avais déjà entendu parler de ca en plus ! Je crois que tétanisée par la peur comme j’étais, je n’aurais pas pu faire la folle !
      J’ai entendu dire aussi qu’il fallait se retourner vers lui et lui demander franchement s’il avait un problème ! « La meilleure défense reste l’attaque ».
      Mais bon… Tout ça est une histoire de courage je pense !
      Bisous,
      Cerise

  • Répondre Tulipe | Jan 18, 2013 à 19 h 16 min

    Si tu le vois tu appelles les flics ! Mais bon espérons que ça n’aille pas jusque là ..en attendant . Je t’envoie plein de bises 🙂 ! Courage

    • Répondre Mlle Cerise | Jan 24, 2013 à 11 h 03 min

      J’espère !
      Je suis de toute manière, partie déposée une main courante avec mon père ! Il a insisté !
      Comme ca la police aura des charges contre lui s’il recommence…
      Bisous,
      Cerise

  • Répondre Tulipe | Jan 18, 2013 à 19 h 12 min

    Omggggg ! Ça m’est déjà arrivé mais pas à ce point pas jusqu’à chez moi . Le mec en question me regardait d’une façon stressante à la bibliothèque ( grand brun , la quarantaine maxi , le regard bleu trouble , la vraie tête de l’assoifé ). J’habitais à marseille à ce moment là . Il m’a suivie jusqu’à la gare en empruntant même les petites rues que je croyais si bien connaître , mais il restait toujours de l’autre côté de la rue il paraît que c’est une technique de filature. Par contre moi je me retournais ( j’ai frôlé la crise d’asthme ! ) mais arrivée à la gare j’ai pris une autre entrée et ai couru comme une malade . Maintenant ? J’ai toujours une bombe lacrimo sur moi. Par contre c’est considéré comme une arme donc il faut  » attendre que le mec t’agresse pour te défendre  » sinon tu utilises tes clefs .. Oui je sais c’est morbide ! Je suis aussi d’accord avec les autres et c’est la première chose à laquelle j’ai pensé : là il sait où tu habites !
    Ne rentres pas seule pendant un moment si tu le croises

    • Répondre Mlle Cerise | Jan 24, 2013 à 11 h 06 min

      La bombre lacrymo… J’y ai pensé !
      Plusieurs de mes copines en ont ! Mais j’ai peur qu’elle se retourne contre moi (avec le vent tout ça…) ! Donc le coup des clés me semblent plus à ma portée !
      De toute façon, dans ces cas-là, je pense que l’instinc de survie fait que tu as des idées de défenses de toutes sortes !

      J’éviterais comme tu dis, jusqu’à ce qu’il ne fasse plus nuit trop tot avant de rentrer chez moi seule…
      Bisous,
      Cerise

  • Répondre Plic Ploc | Jan 18, 2013 à 16 h 08 min

    Ça fait froid dans le dos … Ta manière d’écrire est particulièrement stressante en plus !

    Ça ne m’est jamais arrivé que l’on me suive comme ça. Mais c’est arrivé à une amie qui n’a pas pu sortir de chez elle pendant plusieurs jours … Je ne veux en aucun cas te faire peur, mais si tu devais le recroiser, appelle direct les flics. Pas de pitié pour ce genre d’individus !

    • Répondre Mlle Cerise | Jan 24, 2013 à 11 h 09 min

      J’ai toujours un peu peur en rentrant ces temps-ci.
      Mais bon, faut bien aller au bureau et en revenir… Donc je prends mon courage à deux mains !
      J’ai déposé une main courante avec mon père et mon premier reflexe sera d’appeler la police oui !
      Je ne te le souhaite pas du tout d’avoir a vivre ça un jour !
      Bisous,
      Cerise

  • Répondre Kalyss | Jan 18, 2013 à 16 h 05 min

    La trouille que t’as dû avoir!
    Je ne veux pas te faire peur mais je pense comme Melle Mandarine…maintenant il sait où t’habites. :/
    Évites de sortir seule le soir pendant un moment. (ça sera l’excuse pour que Mr Muscade reste le soir! ^^)
    Té, tu as eu du courage n’empêche de pas te retourner, je pense que j’aurai pas tenu.

    • Répondre Mlle Cerise | Jan 24, 2013 à 11 h 11 min

      Ahah ! Merci Kalyss pour ton message !
      En effet, j’ai un peu peur en arrivant chez moi mais bon, faut bien vivre ! Donc je prends mon courage à deux mains et j’essaye de vivre normalement !
      Mr Muscade est là cette semaine du coup, pour éviter qu’il revienne…
      En fait, ce qui me foutais la trouille, c’est quand il m’adressait la parole. Du coup, me retourner, c’était sans doute l’inviter à le faire !
      Bisous,
      Cerise

  • Répondre audrey | Jan 18, 2013 à 15 h 37 min

    Je te le dis à chaque fois , mais j’adore ta façon d’écrire ! tu es vraiment douée 🙂 . Sinon ,je te comprends , j’aurais vraiment eu peur moi aussi c’est ce que je redoute à chaque fois quand je rentre chez moi . Heureusement que tout se termine bien pour toi :). c’est vraiment un problème les petites banlieues , je connais ya jamais personne dehors . Bon en même temps quelques fois même si il y a des gens ça n’empêche rien :s .
    C’est dingue à chaque je te laisse des longs commentaires , je peux pas m’empêcher de parler :p
    bisous et bonne journée 🙂

    • Répondre Mlle Cerise | Jan 24, 2013 à 11 h 14 min

      Merci beaucoup Audrey !
      Et puis, tes longs commentaires me font toujours super plaisir !
      Les petites banlieues calmes sont justement propices à ce genre de trucs puisque ce ne sont pas des « groupes » qui font du mal mais bien des personnes isolées à l’allure « normale »…
      Bon, je m’en suis bien sortie mais je prie juste pour qu’il ne revienne pas chez moi ou un truc du genre…
      N’hésite pas à parler ahah ! C’est super de lire des commentaires !
      Bisous,
      Cerise